Loin de nous l’idée ou l’envie de prendre un ton professoral ou même d’avoir la prétention de vous apprendre quelque(s) chose(s). Loin de nous, également, l’idée de participer à l’emballement médiatique qui semble se développer autour l’affaire dite du Tigre. Il nous semble, cependant, important de mettre en évidence certains dangers liés aux nouvelles technologies surtout concernant ce qu’on a coutume d’appeler la vie privée (et sa protection).
Commençons par voir ce qu’est, justement, la « vie privée ». Voici une définition qui, à notre sens, permet de poser de bonnes bases :
Au sens classique ou historique, la vie privée a été définie comme le droit de vivre en paix. Au 21ème siècle, cependant, la vie privée revêt plusieurs dimensions. Pour certaines personnes, la vie privée signifie avoir droit à un espace privé, pouvoir effectuer des communications privées, être libre de toute surveillance et respecter le caractère sacré de la personne. En effet, les instruments (inter)nationaux de défense des droits de la personne comme la Déclaration universelle des droits de l’homme et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques consacrent la vie privée comme une valeur ou un droit fondamental qui consiste à protéger la dignité et de l’autonomie de la personne.
D’après ce que nous avons pu constater en discutant avec des personnes autour de nous, la vie privée sur internet peut se définir comme suit :
Le droit d’une personne de contrôler l’accès à sa personne et aux renseignements qui la concernent. Une personne décide de quels renseignement la concernant sont divulgués, à qui et à quelles fins.
Cette définition est assez parlante mais en voit-on toute la portée ? Quels sont les « renseignements » que l’on peut donner à propos de sa vie privée ? Son nom, son prénom… Certes. Mais il n’y a pas que cela : notre travail, nos amis, notre famille, nos relation amicales ou sentimentales, penchant(s) sexuel mais aussi nos coordonnées : numéros de téléphone (fixe et/ou GSM), adresses (postales et/ou mail), … mais aussi nos coordonnées bancaires.
Voyons ce qu’au niveau juridique (français) la vie privée signifie :
La vie privée, en fait il faut pour être précis dire plutôt « le droit à l’intimité de la vie privée » fait partie des droits civils. Les composantes de la vie privée n’ont pas fait l’objet d’une définition ou d’une énumération limitative afin d’éviter de limiter la protection aux seules prévisions légales. Les tribunaux ont appliqué le principe de cette protection, au droit à la vie sentimentale et à la vie familiale, au secret relatif à la santé, au secret de la résidence et du domicile, et au droit à l’image.
Le droit à l’intimité de la vie privée pose le problème de l’équilibre qui doit être respecté entre, d’une part, le droit individuel à se trouver protégé contre les incursions d’autrui et d’autre part, le principe de transparence qui peut être invoqué à l’égard des mêmes personnes lorsqu’elles ont une existence médiatisée, ou lorsqu’elles exercent une profession ou une fonction publique. Il pose également le problème de ce même équilibre lorsque la sécurité générale impose que certains éléments de la vie privée des personnes fasse l’objet d’un enregistrement dans des archives publiques (fichiers informatiques, cartes d’identité, passeports, actes d’état civil, casier judiciaire, dossiers administratifs)
(Suite de la Définition Juridique)
Mais le vrai problème vient, sans doute, de la naïveté effrayante avec laquelle tout un chacun se sent protégé par les lois de son pays respectif (France, Belgique, Canada, …). Il faut le reconnaître les lois européennes (et d’après ce que j’en sais, canadiennes également) sont assez protectrices de la vie privée de chacun d’entre nous. Cependant nous devons rester vigilant car ce droit, nous pouvons y renoncer. Et, pour préciser ma pensée, nous y renonçons bien plus souvent que nous le croyons, parfois même, sans nous en rendre compte !!!
L’affaire Marc L****
Le journal Le Tigre, un bimestriel présenté comme un curieux magazine curieux à fait une enquête sur un internaute lambda, pris au hasard, et a publié un article avec toutes les informations que le rédacteur du journal était parvenu à trouver sur cette personne. A priori, rien de bien exceptionnel, rien qu’un peu de voyeurisme pourrait-on se dire… Ça pourrait presque passer pour habituel avec tous les magazines people qui nous inondent d’informations (parfois inventées apparemment) et les émissions de « TV réalité » qui débordent de nos écrans respectifs.
J’en entends d’ailleurs déjà certains employer des prétextes fallacieux du genre : » les stars, elles l’ont choisies, elles avaient qu’a rester anonymes, … ». Soit, admettons… Pour la TV réalité, on peut également raisonnablement penser que, depuis le temps, les gens qui y participent savent ce qui les attend. Mais qu’en est-il pour nous, « pauvres » petits anonymes que nous sommes ?
Le Tigre nous donne un début de réponse assez terrifiante. Comme je vous le disais plus haut, ils ont pris un internaute parmi tant d’autre, a priori totalement banal, et ont compilé toutes les informations qu’ils ont pu trouver à son sujet. Et le résultat fait froid dans le dos… On y apprends tout sur cette personne. Son age et sa profession, jusque la rien de sensationnel ou d’anormal vous allez dire. Mais l’article va bien plus loin !! On y découvre ses fréquentations et centres d’intérêts, ses photos sur Flikr, ses passions, ses tendances sexuelles, …
Un passage sur Facebook nous apprend que Marc L est hétérosexuel, qu’il a fréquenté J[...], puis C[...], dont les parents vivent boulevard V, à Bordeaux. C[...] travaille avec L[...] au Centre culturel franco-autrichien de la préfecture de Gironde. Les trois amis se voient régulièrement, pour jouer à la pétanque à Arcachon ou « fêter les sous de la CAF », comme le 31 mai dernier. L’histoire avec J[...] avait duré deux ans. En 2006, les amoureux sont partis en vacances en Bretagne. « Tu avais les cheveux courts à l’époque, ça t’allait moins bien. »
Il faut le reconnaître, c’est un formidable travail d’enquête, le tout très bien écrit, d’un ton froid et sarcastique (« Tu permets qu’on se tutoie, Marc ? Tu ne me connais pas, c’est vrai. Mais moi, je te connais très bien« ) et justifié par le fait que, « après tout, c’est de ta faute, tu n’avais qu’à faire attention. ».
L’internaute s’étant reconnu a voulu, semble-t-il, porter plainte. Malheureusement comme il avait lui même fourni tous ces renseignements personnels sur des sites accessibles à tous le monde (Facebook, Flickr, … etc.) et qu’il n’avait apparemment pas pris le soin de limiter l’accès à ces informations, n’importe qui peut aller les lire et les utiliser comme bon lui semble car, agissant de la sorte, le malheureux a renoncé a son droit à la vie privée.
Dans cet article, si le fond est bon et qu’il est important, de temps à autre, de rappeler au gens qu’Internet est -pour des gens qui savent s’en servir, quelques soient leurs intentions- une immense pleine de jeux ou chacun y va de sa petite idée, de son petit programme, de son blog (regarder, on finit même par faire des blogs sur les Mac !!!
) et qu’il y a, parmi tout cela, des gens qui cherchent à nous arnaquer, voler, tromper, … etc; la forme, par contre, est selon moi assez désastreuse. Cette politique de peur que l’on essaye de faire naître chez les gens n’est pas sans me rappeler certains régimes politiques (passé et actuels) ayant inexorablement amener la crainte, la mort et la destruction.
Prenez, par exemple, deux armes de poings et donnez en une à un tireur d’élite sur-expérimenter de 25 ans de carrière. Donnez la seconde à un enfant de quelques mois. Avec une arme, le tireur d’élite n’est dangereux que s’il est votre ennemi tandis que l’enfant l’est parce que c’est un enfant et qu’il n’a pas conscience de ce qu’il a dans les mains, de ce que cela peut faire et des conséquence que cela peut avoir.
Il est de même pour internet. Et, plutôt que de faire peur, mieux vaudrait éduquer les gens. Certes, cela doit venir de la classe politique (instauration de cours d’informatique dans les écoles primaires/secondaire, réduction de la fracture numérique, …) mais cela doit aussi venir des adultes. A une époque où on ne peut plus se passer d’internet, en avoir peur est la dernière chose sensée. Il faut, au contraire, savoir ce que c’est, savoir l’utiliser et surtout, avoir conscience de ces dangers non pas pour les craindre mais pour les éviter…
Quelle(s) leçon(s) en tirer ?
Comme je vous le disais plus haut, nous renonçons à notre droit à la vie privée bien plus souvent que nous le croyons, souvent sans même sans en avoir conscience. C’est ce qui est, sans doute, arrivé à ce malheureux. A n’en pas douter cela vient du fait que nous n’arrivons pas à évaluer la portée de cette perte de « vie privée ». Nous le faisons sans doute tous dans un but léger, pour pouvoir rester en contact avec nos amis, notre famille, … pouvoir se donner des informations de manière moins directe que de se téléphoner, ou de se voir. Et, quand on voit le monde dans lequel on vit (internationalisation, …) ça nous parait normal. Pensons au grand-parents qui peuvent avoir des photos récentes de leur petits enfants malgré le fait qu’ils ne peuvent les voir autant qu’ils le voudraient.
Mais il ne faut pas oublier pour autant que, malheureusement, nous ne vivons pas dans le monde des bisounours ! Les personnes ayant des enfants voient sans doute tout à fait de quoi je parle, surtout depuis les différents scandales judiciaires de pédophilie ayant touchés les pays francophones. Il existe toutes sortes de pervers et de personnes mal intentionnées (pédophiles, violeur, voleurs, raciste, psychopathe, …) et il est TRES important de ne SURTOUT PAS l’oublier. Maintenant, sans tomber dans la paranoïa et voir le mal partout, tâchons de voir quelles utilisations des nos informations peuvent être faites. Voici quelques exemples lus, vus ou entendus.
- Un juge américain a condamné un homme pour un crime mineur à la prison parce que, sur un réseau social, il avait vu cet homme déguisé en détenu; trouvant qu’il se moquait du système pénal.
- Un chef d’entreprise à refuser un candidat du au fait que, sur un réseaux social, il avait trouver un « délire » de ce « futur » employé ou il avait photographier ses fesses.
- Une adolescente s’est fait tuée et, lors de l’enquête, les policiers ont trouver qu’elle renseignait sur son blog son adresse ainsi que son numéro de GSM, ayant ainsi fait exploser le nombre de suspect potentiels et compliquant sensiblement l’enquête.
Certaines personnes, mal intentionnées, ont bien compris l’impact de ces réseaux sociaux et vont jusqu’à créer un profil d’une personne qu’ils n’aiment pas afin de le discréditer au yeux de tous. Que faire donc ? Doit-on s’inscrire et mettre un doigt dans l’engrenage au risque d’être avalé ? Ou doit-on volontairement s’en exclure au risque d’être victime de mauvais plaisant nous créant un profil à notre insu et n’avoir plus aucun recours ?
Personnellement je dirais qu’on peut difficilement faire sans une technologie prenant autant d’envergure qu’Internet. Cependant il FAUT rester vigilant !!! Privilégier les réseaux sociaux ou sites permettant une modulation du contenu (qui peut voir quoi) et utiliser intelligemment cette gestion du contenu : rien ne sert de mettre des informations accessible que « aux amis » si c’est pour accepter n’importe qui et avoir 3765 « amis ».
Afin d’être le plus tranquille possible, voici quelques mesures simples mais efficaces qui me permettent d’éviter les mauvaises surprises : je suis ce que me disais mes parents quand j’étais petit, à savoir :
- Ne pas parler à de parfaits inconnus,
- Ne par donner vos coordonnées (numéro de téléphone(s), adresse postale, … etc.). En effet, si les gens sont proches de vous, ils les ont déjà sûrement, et s’ils ne sont pas proches de vous, ils n’en ont certainement pas besoin.
- Ne pas fournir d’éléments de vérification d’identité (lors d’un mot de passe perdu, par exemple) courants tels que la date de naissance ou le nom de jeune fille de la mère, etc.
- Utiliser des paramètres de confidentialité sur les profils pour que seuls les amis proches puissent accéder à ces informations.
- Ne pas publier les dates de congé ou d’autres informations qui pourraient vous exposer à des risques d’infractions.
- Ne pas publier d’informations qui pourraient ruiner vos futurs opportunités de carrière. Pour les employeurs, les réseaux sociaux sont une mine inépuisable d’information.
- Se méfier de tout le monde. Les photos et les profils exposés sont souvent trompeurs.
Si vous souhaitez aller plus loin dans le contrôle de votre image Numérique, vous trouverez sur ce site un article (Identité numérique : 10 règles simples pour contrôler son image sur internet) donnant de bons conseils.
Si vous avec des enfants et que vous souhaitez faire une mise au point sur les différents dangers les guettant sur internet et savoir comment réagir face à ces dangers, je vous conseille l’article 10 conseils pour que vos enfants surfent en sécurité sur ce site.
Pour mieux vous faire une idée, n’hésitez pas à faire un tour sur les sites suivant :
- Emission @ la carte (France 3)
- Marc L*** : un débat mal posé
- Planète Facebook – Envoyé Spécial du 4 décembre